lundi 21 novembre 2016

Dialogue de sourds

Dialogue de sourds

souvent dans la vie de couple
s'installe la routine,
et si on ne fait pas attention,
elle commence lentement à corrompre
les attaches de la vie conjugale;
le temps affectif devient le temps tout court,
le temps devient incolore, inodore;
le couple alors vit à l'heure de l'indifférence,
la communication devient de plus en plus lâche;
les conjoints sont transformés en deux superbes robots,
ils se rencontrent cybernétiquement selon un programme.
et c'est ainsi que les liens commencent à casser,
un à un,
la chute vers les abîmes de l'oubli devient inévitable.
l'indicateur s'appelle: dialogue de sourds!
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souvent tu es devant moi
et je te cherche, tu es en moi et je te cherche, 
c'est que je cherche ton coeur, il me manque, 
je cherche ton âme, elle me manque, 
tu es devant moi en moi, mais tu n'existes pas, 
tu n'existes plus, tu es trop occupée de toi-même, 
avec toi-même, moi je ne compte plus pour toi, 
même les autres ne comptent pas pour toi, 
tu es éprise de toi-même, 
tu es amoureuse de toi-mêmen 
tu es narcisse en personne devant le miroir, 
tu restes une éternité devant ce maudit miroir,
 je peux faire le tour du monde et quand je reviens, 
je te trouve encore collée à ton miroir, 
on dirait que ce miroir a ceci de magique qu'il t'introduit dans un autre espace, 
un espace où tes rencontres sont avec toi-même, 
tes discussions sont avec toi-mêmet, 
u ne t'apperçois même pas que je suis derrière toi, 
à côté de toi, 
et je t'entend discuter avec toi-même, 
tu t'adresses la parole:
" bonjour! comment ça va?"
et tout bas, tu te dis:
" tu vois mon beau miroir, mon fidèle ami de tout temps, 
je n'ai que toi avec qui parler, 
mon mari n'est pas là"
et moi de crier:
" mais je suis derrière toi, mes doigts effleurent ton dos, 
mais tu ne les sens pas, 
mon souffle risque de brûler ta peau,
mais tu ne le sens pas" 
et toi, constamment occupée avec ton miroir,
totalement absorbée par ton miroir;
ma parole, je suis jaloux de ce miroir,
un de ces quatre matins, je vais le briser en mille morceaux, 
non, je ne peux pas le faire, car je risque de te briser avec.
si au moins ce miroir te permet de te faire belle pour moi,
non même pas,
tes flacons de parfums sont presque toujours pleins,
tes peignes, tes brosses sont presque neufs,
alors ce miroir?
qu'est-ce qu'il a de mystérieux?
"ce qu'il a de mystérieux mon cher, dis-tu, c'est qu'il te remplace,
j'aurais bien aimé que tu sois mon miroir,
mon beau miroir, mon miroir bien-aimé, 
mais quand je suis en face de toi tu es terne, tu es effacé, 
tu ne reflètes rien, ton visage est froid, 
non pas à cause du climat, non,
 nous sommes en pleine saison d'été, 
c'est notre climat à nous qui est froid, 
quand j'interroge ton regard, il m'évite, 
et pourquoi m'évite-il?
tu peux répondre?
non, bien sûr tu ne peux pas répondre, 
mes parfums, mes peignes et mes brosses?
mais me faire belle, pour qui?

je ne suis pas narcissique, 
détrempe-toi, 
le miroir me sert de support tout simplement
pour observer les cernes qui envahissent mes yeux,
à cause des insomnies, 
sais-tu que je ne dors pas,
non, tu ne le sais pas, 
mais c'est à cause de ton indifférence, 
ton arrogance, 
souvent même de ton imbécillité ,
alors ne me parle pas de mon miroir, 
laisse le tranquille, 
lui, au moins, il m'est fidèle, 
quand j'ai besoin de lui, il est là,
sais-tu qu'il me console, mon miroir, mon beau miroir?
sais-tu qu'il me conseille, mon ami le miroir?
sais-tu qu'il veille avec moi,
quand tu n'es pas là?
et tu es rarement là,
et dis-moi au juste, que fais-tu exactement dans la vie?
je suis ta chérie?
bizarre!?
je ne sais même pas ce que mon compagnon fait dans la vie!
combien de fois ma mère me pose cette question, 
et j'ai eu toujours du mal à trouver une réponse convaincante.
combien de fois je me sens embarrassée, 
devant mon frère, mes soeurs, 
mes amies et nos amis, 
au sujet de ta profession; 
monsieur est diplomate?

homme d'affaires?
on voit qu'il voyage beaucoup, 

que dois-je répondre?
que c'est top secret?

alors, va dormir, et laisse moi tranquille, 

laisse moi avec mon ami le miroir, 
si non, c'est moi qui vais casser ta belle figure, 
en sacrifiant mon beau miroir.
hamid albachir
juillet  2009


Je te comprends

  je te comprends 

combien de fois, dans le cadre d'une rencontre,
d'un entretien, d'un dialogue,
j'ai entendu un parent, un ami,
un collègue de travail, un monsieur tout-le-monde, me dire:
" je te comprends".
il s'attache d’émettre cette expression avec une certaine assurance,
afin de me convaincre qu'il dispose d'un pouvoir magique
lui permettant de comprendre avec aisance
les gens qui se trouvent dans l'embarras,
les gens qui sont coincés dans l'une des impasses de la vie,
et qui n'arrivent pas à trouver une issue.
il s'investit d'une sagesse qui remonte à l'aube des temps,
tout au moins il le croit avec conviction et avec ferveur.
chaque fois que je me trouve dans de pareilles situations,
je me dis dans mon fort intérieur:
"est-ce que mon interlocuteur me comprend vraiment?"
d'une voix théâtrale, bien chargée d'effets sonores,
mon interlocuteur utilise tout un arsenal de modulation,
d'amplification, de stéréophonie,
afin d'assembler les sons composant son
" je te comprends"
dans une espèce de symphonie genre danse hongroise de Brahms.
souvent mon interlocuteur pose avec délicatesse sa main
sur mon épaule, il serre doucement celle-ci,
en guise d'accompagnement de son " je te comprends";
tentant par ce geste doux et calmant de me faire sentir qu'il me soutient,
qu'il est disposé à m'assister au premier appel,
qu'il est même capable d'assumer à ma place,
les misères qui entravent mon chemin.
parfois il me caresse la nuque, ses doigts de fée appliquent
avec art et finesse un massage dont l'effet touche en profondeur
mon cervelet pour lui restituer son équilibre.
parfois aussi, mon interlocuteur me couvre de ses regards inquisiteurs,
comme pour me signifier que si je suis dans l'embarras,
c'est que je ne l'avais pas consulter avant d'agir.
cette situation m'exaspère un peu,
car mon interlocuteur, en matière d'analyse transactionnelle,
s'accapare la position du père,
et me place, sans demander ma permission, dans celle de l'enfant;
et que dire quand mon interlocuteur est moins âgé que moi,
et en surplus, a moins d'expériences dans la vie
sociale ou professionnelle.
si j'ai choisi le genre satirique pour peindre le portrait
psychosocial de mon interlocuteur,
un peu à la manière de Jean de La Bruyère,
dans son fameux traité " les caractères",
ce n'est pas dans le but de me moquer de lui, loin de là,
ou de réduire ses compétences en matière d'entraide et de solidarité;
les efforts de mon interlocuteur sont louables;
ce que je lui reproche, c'est son excès de zèle qui,
sans le vouloir, efface ma personnalité du paysage.
pour me comprendre, tant que je sache,
cher interlocuteur,
il faut bien me connaître;
et pour prétendre me connaître,
il faut m'avoir accompagné sur le chemin de la vie,
être en quelque sorte bien collé à ma peau, pour pouvoir me juger,
au niveau du caractère, du tempérament, de l'humeur;
m'avoir éprouvé dans diverses situations,
surtout celles dites difficiles;
comment je me suis comporté dans une situation de crise;
est-ce que je me maîtrise sous le poids des contraintes de la vie,
est-ce que je dispose d'une force de caractère satisfaisante
afin de ne pas perdre les pédales en face des obstacles;
me connaitre signifie que tu connais mes points forts et mes points faibles;
me connaitre implique que tu ne te trompes pas sur mon compte;
que tu connais mes qualités, les bonnes et les mauvaises;
que tu connais mes principes, mes vertus, mes valeurs,
mes convictions, mes goûts, mes penchants.
ne trouves-tu pas que l'entretien d'égal à égal est plus positif,
et aboutit à des résultats étonnants?
si je me confie à toi et si je te fais part de mes soucis,
c'est que tout d'abord je te fais confiance.
ne te presse pas de me donner un quelconque conseil,
car souvent je n'ai besoin que d'une oreille
qui veut bien m'écouter sans répliquer,
j'ai besoin souvent d'un visage qui me sert de miroir
pour pouvoir m'entretenir avec moi-même,
tout en oubliant qu'il est en face de moi.
certes souvent j'ai besoin de ton conseil,
mais sans emphase, sans débordement, sans jeu théâtral.
toi et moi, nous ne sommes pas sur scène en train
de jouer un acte d'une tragédie de Corneille,
pour faire émouvoir le public, voire lui faire couler les larmes.
l'expression " je te comprend" est à double tranchant:
elle a un effet positif sur l'intéressé quand celui qui la prononce
est bien placé pour le dire;
l'effet par contre est désastreux dans le cas contraire.
alors, réfléchis bien avant de dire à quelqu'un
qui se confie à toi: " je te comprends"
quand au fond de lui-même, il sait que tu ne peux pas
le comprendre, car tu le connais peu.
certains lecteurs sont tentés de répliquer:
" alors pourquoi tu te hasarde de te confier à une personne
que tu sais d'avance qu'elle te connait à peine?".
en guise de réponse et de conclusion:
" c'est la nature humaine, elle est subtile et complexe,
elle n'est pas soumise aux lois mathématiques,
souvent même elle échappe à toute logique."
hamid albachir almakki
octobre 2010


Qui suis-je?

qui suis-je?

il me semble que très peu de gens se pose cette question
toute simple dont la réponse apparaît toute évidente.
mais au fait, quand on y réfléchit bien,
la réponse n'est pas aussi évidente qu'on le croit.
c'est que, dans la société humaine où nous vivons,
nous avons appris à répondre aux questions que posent les autres.
qui es-tu?
c'est l'autre qui m'interroge,
c'est l'autre qui me pose la question.
je me dois de répondre, soit par respect envers lui,
soit par politesse, ou bien pour d'autres considérations sociales.
l'interlocuteur est présent devant moi, ou bien en liaison avec moi,
à l'aide d'un moyen de télécommunication.
par contre, être en même temps, celui qui pose la question,
et celui qui est appelé à répondre,
si je n'ai pas l'habitude de le faire,
j'aurais du mal à bien gérer la situation.
quand c'est l'autre qui m'interroge:" qui es-tu?"
il se peut que je n'ai pas du tout envie de lui répondre;
je me dis:" mais qui est cet intrus qui se permet de se promener
dans mon jardin secret?"
pour une raison ou une autre, je peux lui mentir,
ne pas lui dévoiler ma propre identité.
mais au fait, s'agit-il d'une simple formalité d'identité à lui donner?
ou bien, tout un CV détaillé à lui présenter?
ou bien, mon interlocuteur s'intéresse-t-il à ma personnalité,
et attend de moi de lui brosser un tableau détaillé sur mon moi,
aussi bien d'un point de vue physique, que mental et psychologique?
il se peut qu'il s'intéresse aussi à mes convictions philosophiques, morales, religieuses?
et pourquoi pas à mes couleurs politiques, culturelles,etc...?
autant la question " qui es-tu?" est courte, même très courte,
simple à dire, à prononcer, à formuler;
autant la réponse que mon interlocuteur attend de moi n'est ni courte, ni simple.
à moins de lui signifier que ce ne sont pas ses oignons,
qu'il s'est trompé d'adresse;
et qu'il va de son intérêt de disparaître de mon champs de vision;
surtout si je suis de mauvaise humeur;
et mon problème à moi, c'est que je suis rarement de bonne humeur.
et vous?
vous êtes souvent de bonne humeur?
vous avez de la chance!
par cette époque où les catastrophes naturelles sont à la une des mass-médias;
où les guerres font rage dans les pays du Tiers-Monde, comme par hasard;
où les épidémies ne touchent que les pauvres de la planète, comme par hasard;
où les crises financières prennent dans leur étau les pays dits riches;
et l'on se demande pourquoi un tel gâchis dans ce Premier Monde
qui prétend ne rien laisser au hasard du moment qu'il applique
la nanoscience à la prospective et à la planification du futur!
sachant que le Second Monde a cessé d'exister,
le mur de Berlin ayant signé son certificat de décès!
alors qui suis-je?
voilà une question qui nécessite mûre réflexion, par pareille période
où les philosophes ont, pour une seconde fois,
du mal à découvrir la pierre philosophale.
fut un temps où Blaise Pascal ( 1623- 1662) disait:
" l'homme est un roseau pensant".
mais quand je me pose la question:
" qui suis-je?"
suis-je vraiment un roseau pensant?
Jean de La Fontaine ( 1621- 1695) dans sa fable:
"le chêne et le roseau"
nous racontait que le chêne fut déraciné,
parce qu'il tenait bon devant la force du vent ;
par contre, le roseau sortit indemne,
parce qu'il eut la sagesse de se plier, au moment opportun.
alors!
entre Blaise Pascal et Jean de La Fontaine,
l'homme a intérêt de se plier devant la force,
pour mériter d'être un roseau pensant?!
en ce qui me concerne, je ne suis pas un roseau pensant
qui n'a qu'une seule pensée:
"se plier"!!!
hamid albachir almakki
octobre 2010

  

Les gros cailloux de la vie

 Les gros cailloux de la vie

Un jour, un vieux professeur de l’École nationale d’administration publique (ENAP)
fut engagé pour donner une formation sur
"La planification efficace de son temps"
à un groupe d’une quinzaine de dirigeants de grosses compagnies nord-américaines.
Ce cours constituait l’un des cinq ateliers de leur journée de formation.
Le vieux prof n’avait donc qu’une heure pour ’passer sa matière’.
Debout devant ce groupe d’élite
(qui était prêt à noter tout ce que l’expert allait enseigner),
le vieux prof les regarda un à un, lentement, puis leur dit :
« Nous allons réaliser une expérience ».
De dessous la table qui le séparait de ses élèves,
le vieux prof sortit un immense pot Mason d’un gallon
(pot de verre de plus de 4 litres)
qu’il posa délicatement en face de lui.
Ensuite,il sortit environ une douzaine de caillous à peu gros
comme des balles de tennis et les plaça délicatement,
un par un, dans le grand pot.
Lorsque le pot fut rempli jusqu’au bord
et qu’il fut impossible d’y ajouter un caillou de plus,
il leva lentement les yeux vers ses élèves et leur demanda :
« Est-ce que ce pot est plein ? ».
Tous répondirent : « Oui ».
Il attendit quelques secondes et ajouta : « Vraiment ? ».
Alors il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient rempli de 
gravier.
Avec minutie, il versa ce gravier sur les gros cailloux puis brassa légèrement le pot.
Les morceaux de gravier s’infiltrèrent entre les cailloux... jusqu’au fond du pot.
Le vieux prof leva à nouveau les yeux vers son auditoire et redemanda :
« Est-ce que ce pot est plein ? ».
Cette fois, ses brillants élèves commençaient à comprendre son manège.
L’un d’eux répondit : « Probablement pas ! ».
« Bien ! » répondit le vieux prof.
Il se pencha à nouveau et cette fois, sortit de sous la table un seau de 
sable.
Avec attention, il versa le sable dans le pot.
Le sable alla remplir les espaces entre les gros cailloux et le gravier.
Encore une fois, il demanda : « Est-ce que ce pot est plein ? ».
Cette fois, sans hésiter et en choeur, les brillants élèves répondirent : « Non ! ».
« Bien ! » répondit le vieux prof.
Et comme s’y attendaient ses prestigieux élèves,
il prit le pichet d’eau qui était sur la table et remplit le pot juqu’à ras bord.
Le vieux prof leva alors les yeux vers son groupe et demanda :
« Quelle grande vérité nous démontre cette expérience ? ».
Pas fou, le plus audacieux des élèves, songeant au sujet de ce cours, répondit : 
« Cela démontre que même lorsque l’on croit que notre agenda est complètement rempli,
si on le veut vraiment, on peut y ajouter plus de rendez-vous, plus de choses à faire. »
« Non » répliqua le vieux prof.
« Ce n’est pas cela. La grande vérité que nous démontre cette expérience est la suivante :
Si on ne met pas les gros cailloux en premier dans le pot,
on ne pourra jamais les faire entrer tous ensuite. »
Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l’évidence de ces propos.
Le vieux prof leur dit alors :
« Quels sont les gros cailloux dans votre vie ? »
- Votre santé ?,
- Votre famille ?,
- Vos ami(e)s ?,
- Réaliser vos rêves ?,
- Faire ce que vous aimez ?,
- Apprendre ?,
- Défendre une cause ?,
- Se relaxer ?,
- Prendre le temps ? ou....
- Tout autre chose ?
« Ce qu’il faut retenir, c’est l’importance de mettre ses 
gros caillous
en premier dans sa vie, sinon on risque de ne pas réussir... sa vie.
Si on donne priorité aux peccadilles (le gravier, le sable),
on remplira sa vie de peccadilles et on n’aura plus suffisamment de temps précieux
à consacrer aux éléments importants de sa vie. »
Alors n’oubliez pas de vous poser à vous-même la question :
« Quels sont les gros caillous dans ma vie ? ».
Ensuite, mettez-les en premier dans votre pot ( vie).
D’un geste amical de la main, le vieux professeur salua son auditoire
et lentement quitta la salle.
emprunté du web
000
chère lectrice,
cher lecteur,
pourriez-vous mettre noir sur blanc,
vos gros caillous de la vie,
et essayer de les traiter un par un,
selon un ordre de priorité,de gravité et d'urgence
et en tenant compte des opportunités et des contraintes?
hamidalbachir
avril 2010


Les trains de la vie

Les trains de la vie 

je me suis trouvé un beau matin, assez tôt,
dans une gare de train,
sans vraiment savoir pourquoi je m'y suis rendu.
c'est une fois dedans que je me suis posé la question:
" dis moi petit bonhomme, tu fais quoi dans cette gare?
tu veux prendre quelle destination?
et pourquoi faire?"
j'attends une réponse précise,
mais cette tête de mule qui est la mienne est bouche cousue.
" mais réponds moi vite bon sang, lui ai-je demandé!"
toujours rien...mutisme total!
soudain, un train fonce en toute vapeur et s'arrête net aux bords des quais.
chose bizarre, aucun voyageur n'est descendu du train,
par contre, plusieurs voyageurs se pressent pour y accéder.
moi, fixé sur un banc, observe le spectacle sans vraiment comprendre.
puis le temps passe, et continue à couler sans arrêt.
les trains aussi défilent dans les deux sens sans incident.
de temps à autre, des chariots chargés de valises de différentes couleurs,
et de sacs de différents formats,
sont poussés par des transporteurs attitrés,
accompagnés d'agents de sécurité armés jusqu'aux dents.
du coup je me suis rendu compte que je n'ai pas de bagage sur moi.
" mais bon sang, qu'est-ce que je suis venu faire dans cette gare,
me suis-je posé la question je ne sais combien de fois?"
soudain, un vieil homme, les cheveux tout blancs,
les yeux cachés par des lunettes aux verres noirs opaques,
tenant à la main une canne en bambou, vient s'assoir sur le banc, à côté de moi.
sans tarder, il m'adresse la parole dans un ton familier,
comme s'il me connaît depuis fort longtemps:
" tu veux prendre le train prochain, mon gars?"
" que vais-je répondre à ce vieil intrus dans ma vie privé,
me suis-je demandé?"
j'ai décidé de ne pas lui répondre,
mais de lui répliquer par une question du même genre,
d'autant plus que, en toute sincérité, je ne sais vraiment quoi répondre.
" le prochain train se dirigera vers où, lui ai-je demandé?".
" lequel mon gars, celui qui va vers l'est,
ou celui qui va vers l'ouest, a-t-il répliqué lui aussi?".
" mais quelle différence y a-t-il entre les deux destinations, ai-je demandé?".
" bien sûr qu'il y a une différence entre l'est et l'ouest,
mon petit gars, a-t-il répondu, en affichant
un rire dégageant un fond de bouche sans la moindre dent".
" tu peux m'expliquer vieil homme, ai-je encore demandé?".
il a plongé son menton tout maigre dans sa paume droite pleine de rides.
il s'est retourné vers moi et a dit:
" sache, mon petit gars, que le prochain train qui va vers l'est,
contient des bagnards malheureux,
par contre celui qui va vers l'ouest, contient des bagnards heureux".
"le vieil homme est certainement dérangé, ai-je pensé".
mais j'ai eu vite l'impression que le vieil homme a lu dans ma pensée;
et il a du coup répliqué:
" ne pense pas que je suis un malade mental;
je vais t'expliquer:
* un bagnard malheureux est une personne
qu'on a fait embarqué de force, malgré lui,
pour aller travailler dans des exploitions collectives,
au nom du parti unique;
alors que le bagnard heureux est une personne qui a choisi
d'aller travailler dans des exploitations privés,
au nom de la démocratie".
" je ne vois pas où réside la différence mon vieil homme, ai-je demandé".
" la différence, mon petit gars, a-t-il répliqué,
dans les deux cas de figure, réside au fait que
le bagnard bosse ou de son propre gré ou bien contre.
dans les deux cas de figure, le bagnard verse sa sueur et son sang,
et c'est l'autre, la nomenclatura du parti unique
ou celle des partis multiples, qui tire profit,
tu piges maintenant mon petit gars?".
puis il a disparu en coup de vent.
j'ai compris alors que les trains de la vie sont conçus
pour transporter des bagnards de force ou de grès,
aux exploitations des autres.
le comble, c'est qu'une fois introduit dans une gare,
tu ne peux plus reculer et en sortir.
tu dois absolument prendre un train, ou de gré ou de force.
bagnard heureux ou bagnard malheureux,
la différence réside dans la manière d'avaler la pilule.
hamid albachir almakki
juillet 2010